
En 2025, les restrictions chinoises sur les terres rares ont produit exactement ce que l’Europe disait vouloir éviter : tensions d’approvisionnement, ralentissements industriels, usines automobiles contraintes de réduire leur activité et inquiétudes immédiates dans la défense, l’aéronautique, les semi-conducteurs et l’IA. L’AIE considère désormais que le risque n’est plus théorique. (« iea.org » (https://www.iea.org/commentaries/designing-an-effective-strategic-stockpiling-system-for-critical-minerals))
Le problème ne se situe pas seulement dans les mines.
Pour les terres rares utilisées dans les aimants permanents, la Chine représentait en 2024 environ 60 % de l’extraction mondiale, 91 % du raffinage et 94 % de la fabrication des aimants frittés. Ces aimants sont partout : véhicules électriques, éoliennes, moteurs industriels, équipements militaires, data centers. (« iea.org » (https://www.iea.org/reports/rare-earth-elements/executive-summary))
La concentration est encore plus frappante lorsqu’on élargit la focale. Sur vingt minerais stratégiques étudiés par l’AIE, la Chine est le premier raffineur pour dix-neuf, avec une part moyenne d’environ 70 %. (« iea.org » (https://www.iea.org/reports/global-critical-minerals-outlook-2025/executive-summary))
C’est là que se trouve la fragilité européenne.
L’Europe peut signer des accords miniers en Afrique, en Amérique latine ou en Australie et considérer qu’elle diversifie ses approvisionnements. Si le minerai passe ensuite par une chaîne de raffinage, de séparation ou de transformation dominée par la Chine, la dépendance reste largement intacte.
Bruxelles a commencé à corriger le tir.
La Commission européenne a officiellement désigné 47 projets stratégiques destinés à accélérer l’extraction, le raffinage, le recyclage et la substitution. Le Critical Raw Materials Act fixe pour 2030 trois objectifs majeurs: produire dans l’Union 10 % des besoins en matières stratégiques, en transformer 40 % et en recycler 25 %. Il prévoit aussi qu’aucun pays tiers ne fournisse plus de 65 % des besoins européens pour une matière stratégique à un stade donné de la chaîne. (« commission.europa.eu » (https://commission.europa.eu/topics/competitiveness/green-deal-industrial-plan/european-critical-raw-materials-act_en))
Sur le papier, la direction est bonne.
Sur le terrain, le compte n’y est pas.
La Cour des comptes européenne a publié en février 2026 un constat sévère : la diversification des importations n’a produit aucun résultat tangible, les goulets d’étranglement persistent dans la production et le recyclage, et nombre de projets stratégiques risquent de ne pas contribuer réellement à la sécurité d’approvisionnement avant 2030. Elle pointe également les difficultés de financement et d’autorisation. (« eca.europa.eu » (https://www.eca.europa.eu/nl/publications/SR-2026-04))
C’est précisément ici qu’un ménage européen s’impose.
La première faiblesse tient à l’empilement. Plans matières premières, partenariats internationaux, Global Gateway, CRMA, projets stratégiques, stratégies nationales : les instruments se multiplient beaucoup plus vite que les capacités industrielles.
La deuxième concerne le financement. Une mine européenne, une usine de séparation ou une unité de raffinage doivent affronter des coûts, des délais et des normes élevés alors que leurs concurrents bénéficient souvent de chaînes déjà amorties, de soutiens publics et d’économies d’échelle considérables.
La troisième est politique. L’Europe veut davantage de mines, de raffinage et de recyclage sur son territoire tout en découvrant, projet après projet, les difficultés d’acceptabilité locale, de permis et de financement.
Enfin, les minerais critiques sont en train d’acquérir une dimension stratégique comparable à celle qu’ont longtemps occupée les hydrocarbures dans les politiques de sécurité économique et industrielle.
Sur ce point, les capacités européennes de stockage stratégique demeurent limitées et fragmentées.
Il serait pourtant dangereux de remplacer une dépendance chinoise par une simple dépendance américaine, australienne ou africaine.
L’objectif doit être plus précis : sécuriser plusieurs sources d’extraction, reconstruire en Europe une partie du raffinage et de la transformation, développer le recyclage, constituer des stocks et surtout identifier les maillons où une rupture de quelques semaines suffirait à arrêter une chaîne industrielle.
Les terres rares rappellent une règle assez simple.
Posséder un gisement ne donne pas la puissance. La puissance appartient à celui qui sait extraire, raffiner, transformer, stocker et décider à qui il livre.
Aujourd’hui, sur une grande partie de cette chaîne, l’Europe reste cliente.




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