L’Etat actionnaire n’a aucune doctrine stratégique, la souveraineté numérique française ne se construira pas par l’accumulation de participations

Par Sébastien Crozier
3 min de lecture
L’Etat actionnaire n’a aucune doctrine stratégique, la souveraineté numérique française ne se construira pas par l’accumulation de participations

Pourquoi la souveraineté numérique a besoin d’une doctrine stratégique?
L’État français n’a jamais autant investi dans les secteurs considérés comme stratégiques pour notre avenir numérique.

Télécommunications, câbles sous-marins, cloud, satellites, calcul haute performance : les prises de participation se multiplient et témoignent d’une prise de conscience réelle des enjeux de souveraineté.

C’est précisément ce constat qui m’a conduit à publier une tribune dans Les Échos intitulée : « L’État actionnaire n’a aucune doctrine stratégique : la souveraineté numérique française ne se construira pas par l’accumulation de participations ».

La souveraineté ne se résume pas à la détention d’actifs

La France dispose d’atouts considérables.

L’État est présent dans de nombreuses entreprises qui jouent un rôle essentiel dans les infrastructures numériques, les télécommunications, les services numériques ou encore les communications satellitaires.

Pris individuellement, chacun des investissements réalisés ces dernières années peut se justifier. Chacun répond à une problématique de souveraineté bien identifiée.

Mais la géopolitique du numérique ne se limite pas à protéger des actifs stratégiques. Elle consiste aussi à organiser les rapports de force, à coordonner les acteurs et à construire une vision industrielle cohérente dans la durée.

C’est là que se pose, selon moi, la véritable question.

Qui structure les filières stratégiques ?

À la lecture des décisions prises depuis plusieurs années, un constat s’impose.

L’État investit.
L’État protège.

Mais qui organise les complémentarités entre les acteurs qu’il soutient ?
Qui définit les priorités ?
Qui arbitre lorsqu’existent plusieurs projets sur un même marché ?

Dans plusieurs domaines stratégiques, des entreprises liées à la puissance publique se retrouvent aujourd’hui en concurrence alors qu’elles poursuivent des objectifs proches.

Cette situation ne traduit ni un manque d’ambition ni un manque de moyens.
Elle révèle surtout l’absence d’une doctrine clairement identifiée permettant d’articuler les différentes participations publiques autour d’une stratégie d’ensemble.

Passer d’une logique de portefeuille à une logique de filière

À mes yeux, le rôle de l’État actionnaire ne consiste pas à accumuler des participations.

Son rôle est d’identifier les actifs stratégiques, d’organiser les synergies et de renforcer les acteurs capables de structurer durablement une filière.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut investir davantage ou moins.

La question est de savoir comment investir.

Une politique de souveraineté suppose des choix assumés, une vision de long terme et une capacité à coordonner les moyens disponibles autour d’objectifs clairement définis.

C’est cette réflexion que j’ai souhaité porter dans les colonnes des Échos.

Je vous invite à découvrir ma tribune et à poursuivre le débat sur la manière dont la France peut construire une stratégie industrielle cohérente au service de sa souveraineté numérique.

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