
Alors que le système d’IA Maven de Palantir est déjà déployé sur le réseau classifié de l’OTAN, Thales répond avec HexaForce, une alternative européenne axée sur la souveraineté des données et l’architecture ouverte. La vraie question n’est plus technologique, mais stratégique : qui contrôlera les infrastructures critiques de la prise de décision militaire en Europe ?
En juin 2026, l’OTAN a validé le déploiement opérationnel de Maven, le système d’intelligence artificielle développé par Palantir Technologies, sur son réseau classifié. L’acquisition, finalisée en 2025 en seulement quelques mois, marque l’une des décisions d’achat les plus rapides de l’histoire de l’Alliance. Maven fusionne des données opérationnelles en temps réel – issues de radars, drones, satellites et capteurs – pour construire une représentation dynamique du champ de bataille et assister les états-majors dans la planification, le ciblage et la coordination des forces.
Son intégration au sein d’Allied Command Operations (ACO) n’est pas anodine : elle consacre une dépendance structurelle à une solution américaine. Maven n’est pas un simple outil logiciel, mais une plateforme centrale autour de laquelle s’organisent les flux de données, les interfaces utilisateurs et les procédures opérationnelles. Plus il est utilisé, plus les armées, les alliés et les systèmes connexes s’y connectent, stabilisant des formats de données et des méthodes de travail communes. La dépendance ne réside pas dans le logiciel lui-même, mais dans son rôle de colonne vertébrale du processus décisionnel.
L’OTAN a d’ailleurs souligné que Maven peut intégrer des modèles d’IA tiers, y compris européens comme ceux de Mistral AI. Une nuance cruciale : la maîtrise d’un modèle d’IA ne garantit pas celle du système qui l’exploite. Les données, les interfaces et les règles d’usage restent contrôlées par l’architecture globale – ici, américaine.
Le 17 septembre 2026, Thales a dévoilé HexaForce, un système de commandement et de contrôle (C2) augmenté par l’IA, conçu pour coordonner des opérations impliquant plus de 100 000 militaires dans tous les domaines (terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber et informationnel). Contrairement à Maven, HexaForce mise sur trois piliers :
HexaForce a déjà été testé lors de l’exercice CWIX 2026 de l’OTAN, une plateforme majeure pour évaluer l’interopérabilité des systèmes de commandement. Mais l’enjeu ne se limite pas à la performance technique. Comme le souligne Thales, la véritable bataille se joue sur l’adoption par les armées, la connexion aux systèmes existants et la capacité à s’imposer comme standard.
Le cas allemand illustre la tension. Berlin évalue actuellement plusieurs dizaines de solutions d’IA pour ses forces armées et n’a, à ce stade, pas retenu Maven. Les critères ne se résument pas à l’efficacité algorithmique : la maîtrise des données, l’autonomie opérationnelle et la capacité à multiplier les fournisseurs sont tout aussi déterminants.
Pourtant, Maven a déjà franchi une étape décisive : il est utilisé. Son déploiement dans les quartiers généraux de l’ACO crée un effet de réseau difficile à contester. Les armées, une fois formées à son utilisation, tendent à structurer leurs processus autour de cette plateforme. Les formats de données se standardisent, les interfaces se développent, et les alliés apprennent à collaborer via cette architecture.
HexaForce arrive donc dans un écosystème où Palantir a déjà capté une partie de l’usage. La question n’est plus de savoir si l’Europe peut développer une alternative technologique – Thales l’a fait – mais si les États membres de l’OTAN et de l’UE oseront l’adopter à grande échelle.
La souveraineté numérique ne se mesure pas seulement à la propriété d’un équipement ou d’un logiciel. Elle dépend aussi :
Maven intègre des modèles européens comme ceux de Mistral AI, mais l’architecture globale reste américaine. HexaForce, lui, promet une maîtrise européenne, mais son succès dépendra de son adoption par les armées et de sa capacité à s’imposer comme une norme.
La vraie bataille n’est pas technologique, mais géopolitique et industrielle. #géopolitiquedunumérique
L’Europe a désormais une alternative crédible à Maven avec HexaForce. Mais la souveraineté ne se décrète pas : elle se conquiert par l’usage. Palantir a déjà ancré son système dans les processus de l’OTAN. Pour que HexaForce devienne une vraie option, il faudra que les États membres l’achètent, l’intègrent et en fassent un standard.
Le critère décisif ne sera pas la performance brute, mais la capacité à éviter que le système de commandement européen ne devienne un simple client d’une plateforme américaine. La prochaine étape ? Vérifier qui, concrètement, commandera HexaForce – et si les armées européennes accepteront de payer le prix de l’autonomie.




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